Sécurité & droits

Tu as été agressé·e ? Le parcours, étape par étape

Par l'équipe Escortia Mis à jour le 3 juin 2026 11 min de lecture

Si tu lis ça après un mauvais rendez-vous, commence par respirer. Tu as le droit d'être aidé·e, soigné·e et cru·e — et être travailleur·se du sexe ne t'enlève aucun de ces droits. Ce guide te donne les étapes, dans l'ordre, pour que tu n'aies pas à tout décider seul·e dans le brouillard.

D'abord : ce n'est pas ta faute

Disons-le avant tout le reste, parce que c'est ce que le stigmate va essayer de te faire oublier : la seule personne responsable d'une agression, c'est l'agresseur. Pas toi. Pas ta tenue, pas ton annonce, pas ton métier, pas le fait que tu aies accepté un rendez-vous ou reçu de l'argent. Un acte sexuel payé n'est pas un blanc-seing : le consentement peut être retiré à tout instant, et le franchir reste une agression — voire un viol — aux yeux de la loi comme du bon sens. Beaucoup de TDS hésitent à se considérer comme de « vraies » victimes, comme si exercer ce métier les privait du droit d'avoir mal ou d'être en colère. C'est faux. Ce qui t'est arrivé est grave, et tu mérites exactement la même protection que n'importe qui.

Dans l'immédiat : te mettre à l'abri

La toute première priorité, c'est ta sécurité physique, là, maintenant. Si tu es encore sur place ou en danger, quitte les lieux et rejoins un endroit sûr : un commerce ouvert, un hall, une rue passante, le domicile d'une personne de confiance. Si tu es blessé·e ou en danger immédiat, n'hésite pas une seconde :

  • 17 police · 112 numéro d'urgence européen · 15 SAMU · 18 pompiers.
  • 114 par SMS si tu ne peux pas parler, ou si tu es sourd·e ou malentendant·e.

Préviens aussi quelqu'un : une amie, un collègue, ton « code ami » si tu en as un. Ne reste pas seul·e avec ça. Le simple fait de dire à voix haute « il vient de m'arriver quelque chose » enclenche un déclic : tu redeviens acteur·rice, tu sors de la sidération.

Souffler, puis décider à ton rythme

Une fois en sécurité, sache que tu n'es pas obligé·e de tout décider dans la minute. Porter plainte, parler, te confier : rien de tout ça n'a de date limite immédiate. Deux choses, en revanche, sont sensibles au temps : certains soins médicaux (notamment le traitement qui prévient le VIH, efficace seulement dans les toutes premières heures) et certaines preuves, qui s'effacent vite. L'idée de ce guide est donc simple : préserver tes options maintenant, pour pouvoir choisir librement ensuite, à froid, ce que tu veux en faire.

Le réflexe « preuves », même si tu hésites encore

Tu n'es pas obligé·e de porter plainte. Mais si une part de toi pourrait vouloir le faire un jour, ne détruis pas cette possibilité sans le savoir. Concrètement, dans les heures qui suivent :

  • En cas de viol ou d'agression sexuelle : dans l'idéal, évite de te laver, de te changer ou de boire avant un examen médical — des traces peuvent être prélevées. Cela dit, c'est ton corps et ton choix : si tu as besoin de te laver pour tenir, fais-le, ça ne t'enlèvera pas le droit de porter plainte.
  • Garde tes vêtements tels quels dans un sac (en papier de préférence), sans les laver.
  • Ne nettoie pas le lieu si c'est chez toi et que tu envisages une plainte.
  • Sauvegarde tout le numérique : le numéro du client, vos messages, l'annonce, les éventuels virements ou photos — et fais des captures d'écran datées.
  • Écris vite ce dont tu te souviens : l'heure, le lieu, le déroulé, une description. La mémoire d'un traumatisme se brouille vite ; des notes prises à chaud valent de l'or.

Rien de tout ça ne t'engage à porter plainte. Tu te contentes de garder la porte ouverte.

Te soigner et te protéger : le volet médical

Que tu veuilles porter plainte ou non, va te faire examiner. Rends-toi aux urgences d'un hôpital ; beaucoup disposent d'unités spécialisées dans l'accueil des victimes. Un examen médical permet plusieurs choses essentielles :

  • te soigner (blessures, douleurs) ;
  • prévenir les risques : un traitement post-exposition (TPE) peut réduire le risque de transmission du VIH s'il est démarré dans les 48 heures (idéalement les premières heures), avec aussi une contraception d'urgence et un traitement des autres IST ;
  • constater : un·e médecin peut rédiger un certificat médical décrivant tes blessures et fixant une « ITT » (incapacité totale de travail), qui pèsera juridiquement si tu portes plainte ;
  • conserver des preuves par prélèvement, même si tu n'as pas encore décidé.

Tu n'as pas besoin d'avoir porté plainte pour être examiné·e et soigné·e, et les soins d'urgence te sont dus même sans papiers ni couverture sociale. Pour le dépistage et la prévention à tête reposée ensuite, on a réuni les bonnes adresses dans où se faire dépister gratuitement.

Plainte ou main courante : quelle différence ?

On confond souvent les deux, et la nuance est importante :

  • La plainte déclenche une enquête et vise à faire poursuivre l'auteur. C'est ce qu'il faut pour une agression, un vol, un viol, des menaces.
  • La main courante n'est qu'une trace datée de ta déclaration : elle ne lance aucune enquête. Utile pour horodater des faits, mais insuffisante si tu veux que ça avance.

Tu peux déposer plainte dans n'importe quel commissariat ou gendarmerie, 24 h/24, quel que soit le lieu de l'agression. Tu peux aussi écrire directement au procureur de la République. Et tu disposes de longs délais pour agir : plusieurs années en général, et jusqu'à vingt ans pour un viol — donc même si tu n'es pas prêt·e aujourd'hui, la porte restera ouverte demain.

Ce qu'il faut savoir avant de pousser la porte du commissariat

  • On ne peut pas refuser ta plainte. Un·e policier·e est tenu·e de l'enregistrer ; exige un récépissé.
  • Tu n'es pas inquiété·e pour ton activité. Le travail du sexe n'est pas un délit en France : déposer plainte comme victime ne t'expose à aucune poursuite pour ce que tu fais. (Détails dans tes droits en France.)
  • Tu peux être accompagné·e par une personne de confiance ou une association, et assisté·e d'un·e avocat·e — gratuitement via l'aide juridictionnelle si tes revenus sont modestes.
  • Tu peux protéger ton adresse : il est possible de se domicilier chez son avocat·e ou une association plutôt que de donner son domicile.
  • Tu as le droit de te taire sur ce qui ne concerne pas les faits, et de relire ta déposition avant de la signer : ne signe rien qui ne reflète pas ce que tu as dit.

Si on te traite mal au commissariat

Soyons honnêtes : ça arrive. Certaines TDS se heurtent à des remarques déplacées, à de la minimisation (« à quoi vous attendiez-vous ? »), voire à un refus d'enregistrer la plainte. C'est inacceptable et, dans le cas du refus, illégal. Si ça t'arrive : garde ton calme, note les noms, matricules, l'heure, et n'abandonne pas. Tu peux revenir accompagné·e d'une association, déposer plainte dans un autre service, ou écrire directement au procureur par lettre recommandée. Un comportement abusif peut être signalé au Défenseur des droits ou à l'IGPN. Tu n'as pas à encaisser la putophobie en plus de l'agression.

Le volet psychologique : tu n'as pas à encaisser seul·e

Une agression laisse des traces qui ne se voient pas. Cauchemars, hypervigilance, crises d'angoisse, envie de tout effacer, sentiment de honte : ce ne sont pas des faiblesses, ce sont des réactions normales à un événement anormal. Tu n'as pas à « encaisser » en serrant les dents. Des écoutes gratuites, anonymes et sans jugement existent :

  • 116 006 — France Victimes : accompagnement gratuit, à la fois juridique et psychologique, 7 j/7.
  • 3919 — Violences Femmes Info : écoute anonyme et gratuite, 24 h/24.
  • 0 800 05 95 95 — Viols Femmes Informations : écoute spécialisée sur les violences sexuelles.
  • 3114 — prévention du suicide, si les idées noires deviennent trop lourdes.

Tu trouveras d'autres relais, dont des associations par et pour les TDS, dans notre page aide & ressources.

Spécifique au travail du sexe : tes craintes sont légitimes

Tu as peut-être des peurs que les guides « grand public » ignorent : peur qu'on découvre ton activité, peur pour ton titre de séjour si tu es étranger·e, peur de ne pas être pris·e au sérieux. Ces craintes sont réelles, et les balayer serait malhonnête. Mais : porter plainte comme victime ne révèle pas ton métier au monde, et une association spécialisée (le STRASS, Médecins du Monde, ou des structures locales comme Cabiria à Lyon, Grisélidis à Toulouse, Paloma à Nantes, le Bus des femmes à Paris, Acceptess‑T pour les personnes trans) peut t'accompagner physiquement, t'aider à préparer ta déposition et veiller à ce que tes droits soient respectés. Sur la question du séjour, là encore, ne reste pas seul·e : te déclarer victime t'ouvre des protections, ça ne se retourne pas contre toi. L'isolement est le meilleur allié de ton agresseur ; le briser est déjà un acte de défense.

Signaler le client : protéger les suivantes

Un agresseur frappe rarement une seule fois. Si tu t'en sens capable, note le numéro et le maximum de détails, et partage l'alerte : sur le mur d'entraide de l'espace modèle, dans tes réseaux de collègues, partout où ça peut prévenir quelqu'un d'autre. Ce que tu traverses peut, malgré tout, épargner la prochaine. Tu ne dois ça à personne — mais beaucoup de TDS trouvent dans ce geste une façon de reprendre un peu de pouvoir.

📞 Les numéros qui comptent

17 police · 112 urgence · 15 SAMU · 114 SMS · 3919 violences · 116 006 France Victimes · 0 800 05 95 95 viols · 3114 souffrance psy. Toutes les ressources : aide & ressources.

☑ Dans les premières 72 heures
  • Je me suis mis·e en sécurité et j'ai prévenu une personne de confiance.
  • J'ai consulté un médecin (TPE VIH dans les 48 h, certificat, ITT).
  • J'ai conservé vêtements, messages, numéro et captures datées.
  • J'ai noté par écrit ce dont je me souviens.
  • Je sais que je peux porter plainte plus tard, sans être inquiété·e pour mon activité.
  • J'ai appelé une écoute (116 006 / 3919) ou une asso pour ne pas rester seul·e.

Questions fréquentes

Je suis travailleur·se du sexe : puis-je vraiment porter plainte sans risque ?

Oui. Le travail du sexe n'est pas un délit en France : porter plainte comme victime d'un vol, d'une agression ou d'un viol ne t'expose à aucune poursuite pour ton activité. La loi pénalise le client et le proxénétisme, pas la personne qui propose les services. Tu as le droit d'être reçu·e, cru·e et accompagné·e. En cas d'accueil méprisant, reviens avec une association ou écris au procureur.

Plainte ou main courante : que choisir ?

Pour une agression, un vol ou un viol, c'est la plainte : elle déclenche une enquête et vise à faire poursuivre l'auteur. La main courante ne fait qu'horodater ta déclaration, sans enquête : c'est insuffisant si tu veux que les choses avancent. Tu peux déposer plainte dans n'importe quel commissariat, et on ne peut pas te la refuser.

J'ai peur qu'on découvre mon activité ou que je perde mon titre de séjour.

Ces craintes sont légitimes, mais ne te laisse pas isoler par elles. Porter plainte comme victime ne « dénonce » pas ton métier, et une association spécialisée (STRASS, Médecins du Monde, assos locales) peut t'accompagner, t'aider à te domicilier ailleurs qu'à ton domicile et veiller au respect de tes droits. Te déclarer victime ouvre des protections ; ça ne se retourne pas contre toi.

Combien de temps ai-je pour agir ?

Pour la plainte, les délais sont longs : plusieurs années, et jusqu'à vingt ans pour un viol — tu peux donc agir même longtemps après. En revanche, le volet médical est urgent : le traitement qui prévient le VIH (TPE) doit être commencé dans les 48 heures, et certaines preuves s'effacent en quelques jours. D'où l'intérêt de voir un médecin vite, même si tu n'as pas encore décidé pour la plainte.

Ces infos sont données à titre indicatif et ne remplacent pas un conseil juridique ou médical personnalisé. Le droit et les pratiques évoluent : en cas de doute, rapproche-toi d'une association comme le STRASS ou Médecins du Monde.

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